Le Canada a publié l’ébauche de sa Stratégie canadienne sur le bruit sous-marin. Et maintenant?
Après que le WWF-Canada eut sonné l’alarme en début d’année 2024 face au dangereux retard qu’accusait la Stratégie canadienne sur le bruit sous-marin, plus de 11 000 personnes se sont jointes à notre appel pour #MoinsDeBruit en demandant au gouvernement d’agir. Pêches et Océans Canada (MPO) a entendu l’appel et a finalement publié l’ébauche de la stratégie à la fin d’août, aux fins de consultation publique.
Vous trouverez ci-dessous les éléments qui ont été (ou non) inclus, les détails de notre proposition, et les outils que pourrait utiliser le Canada pour protéger les paysages sonores sous-marins le temps qu’il finalise sa stratégie sur le bruit sous-marin.
Par Kailee Scott, Conservation marine et navigation, et Will Bulmer, Relations gouvernementales

La hausse rapide du bruit anthropique (ou d’origine humaine) dans les eaux marines – provenant d’activités industrielles comme la navigation commerciale, l’exploration des ressources naturelles et la construction marine – est en train de transformer les paysages sonores autrefois silencieux, mettant en péril la survie des espèces marines. De nombreux gouvernements commencent à peine à reconnaitre le problème de la pollution sonore sous-marine, et les efforts déployés pour maitriser la cacophonie croissante due aux activités humaines ne progressent pas aussi vite.
La publication d’une ébauche de la Stratégie canadienne sur le bruit sous-marin, qui comprend 3 objectifs et 20 recommandations visant à combler le manque de connaissances, à promouvoir les technologies novatrices et à renforcer la communication et la collaboration, est un pas dans la bonne direction.
Or, l’ébauche ne précise pas clairement comment et quand le Canada entend prendre des actions pour réduire de façon mesurable la pollution sonore sous-marine.
Nous espérions obtenir des détails précis sur les mesures canadiennes pour :
- Fixer des limites de bruit pour les activités industrielles, comme la navigation.
- Établir des cibles de bruit régionales dans les zones historiquement silencieuses qui connaissent un développement rapide, comme l’Arctique, ou qui sont déjà excessivement bruyantes, comme la mer des Salish.
- Élaborer et appliquer des règlements, afin de faire respecter ces limites et objectifs.

Malheureusement, l’ébauche de la stratégie n’indique pas à l’heure actuelle si ces éléments font même partie des priorités.
La publication de l’ébauche a également marqué le début d’une consultation publique de 60 jours. La population canadienne a ainsi pu émettre ses commentaires pour aider le MPO à renforcer la stratégie et à en faire un document de politiques qui assurerait une protection efficace des espèces marines et des paysages sonores où elles évoluent.
Merci d’avoir élevé votre voix pour des océans moins bruyants et soumis vos commentaires. Voici les nôtres.
Nos recommandations
Dans notre proposition, nous avons énoncé clairement nos priorités. Car, pour que la stratégie finale puisse avoir une incidence réelle, elle doit comprendre les éléments suivants :
- Un engagement à établir et à faire respecter des limites de bruit pour les activités reconnues comme ayant un effet négatif sur les paysages sonores et les espèces. Ces limites doivent être fondées sur les seuils biologiques des espèces touchées, selon les connaissances scientifiques et autochtones.
- Un engagement en faveur d’une approche régionale qui établit des cibles de réduction du bruit adaptative dans les régions excessivement bruyantes, comme la côte sud de la Colombie-Britannique et la voie maritime du Saint-Laurent, ainsi que des limites de bruit dans les zones encore silencieuses, mais en développement rapide, comme l’Arctique et la côte nord de la Colombie-Britannique.
- L’élaboration et la mise en œuvre de mesures concrètes de gestion et de règlementation qui limitent les activités bruyantes, favorisent les zones calmes et préservent l’habitat acoustique des aires marines protégées et l’habitat essentiel des espèces en péril.
- Des incitatifs pour le développement et l’adoption massive de technologies silencieuses, tout en mettant en œuvre immédiatement des mesures opérationnelles qui réduisent efficacement le bruit, notamment le ralentissement des navires dans les aires océaniques protégées et de conservation.
- Des efforts coordonnés d’atténuation du bruit sous-marin entre tous les paliers de gouvernement et un engagement à inscrire des mesures de protection dans la règlementation, y compris la capacité à faire respecter les cibles de réduction et les limites de bruit.
Nous avons également inclus plusieurs recommandations pour atteindre les résultats énoncés dans l’ébauche de la stratégie, y compris des suggestions visant à :
- Créer un groupe de travail national interinstitutionnel sur la recherche et les partenariats liés au bruit sous-marin.
- Fournir aux programmes de Gardien.ne.s autochtones et aux organismes communautaires les fonds, la technologie et le soutien appropriés.
- Étendre les réseaux existants d’hydrophones et les programmes de surveillance acoustique, en plus d’en créer de nouveaux, pour recueillir des données de référence et suivre l’évolution des niveaux de bruit à long terme.
- Renforcer le rôle du Canada au sein des forums intergouvernementaux, notamment l’Organisation maritime internationale (OMI) et le Conseil de l’Arctique.

Nous sommes conscient.e.s qu’une recherche plus approfondie sur les effets du bruit sous-marin sur la vie marine est nécessaire, mais cela ne devrait pas être un obstacle à la mise en œuvre urgente de mesures de gestion du bruit.
C’est pourquoi, tout au long de notre campagne de sensibilisation #MoinsDeBruit et dans notre proposition, nous avons insisté sur l’importance pour le Canada d’appliquer le principe de précaution, c’est-à-dire d’élaborer et de mettre en œuvre de façon proactive des mesures de gestion du bruit adaptatives à l’aide des connaissances et des données dont nous disposons aujourd’hui.

Par exemple, on pourrait fixer des limites de bruit écosystémiques et des objectifs de réduction du bruit fondés sur les niveaux préindustriels ou les limites biologiques des espèces sensibles au bruit, et les ajuster à mesure que nous approfondissons notre compréhension des impacts immédiats et à long terme de l’exposition chronique au bruit. Si nous avons d’abord été encouragé.e.s par l’intégration du principe de précaution aux principes directeurs de l’ébauche, nous constatons maintenant qu’il est absent du reste de la stratégie.
Notre proposition comprend aussi les recommandations énoncées dans notre récent rapport intitulé « Stratégie sur le bruit dans les océans du Canada : une analyse des lois et des politiques ». Il s’agit notamment de mesures immédiates que pourrait prendre le gouvernement fédéral à l’aide des outils existants. Par exemple, l’élaboration de normes de qualité du milieu marin (QMM) en vertu de la Loi sur les océans pour fixer des limites de bruit fondées sur les limites biologiques, l’intégration des effets néfastes du bruit sous-marin dans les plans de rétablissement en vertu de la Loi sur les espèces en péril, et la définition d’objectifs de gestion du bruit dans les plans de gestion des aires marines protégées (AMP).
Et ensuite?
Le travail n’est pas fini. L’innovation et la conservation laissent entrevoir de nombreuses possibilités pour lutter contre le bruit sous-marin. Nous espérons que le gouvernement fédéral appliquera les recommandations du WWF-Canada, des gouvernements et des communautés autochtones ainsi que d’autres intervenant.e.s afin de créer une stratégie et un plan d’action définitifs forts et applicables. Au cours des prochains mois, nous continuerons de plaider en faveur d’une action urgente visant à rendre nos océans moins bruyants pour les baleines et les autres espèces marines en péril.
Pour consulter notre proposition complète et d’autres ressources sur le bruit sous-marin, cliquez ici. (en anglais)